La galerie Arcima présente

Kazem, un artiste syrien à Paris 

du 19 mars au 8 avril 2012

 

 

3(162x130cm)

 

 

Né à Besnada, un petit village de Syrie, rien ne destinait Kazem à une carrière artistique. Malgré une vie dure et pauvre parmi ses sept frères et soeurs, Kazem suit des études et trouve une passion dans le dessin.  Il se rend tout d’abord aux Emirats Arabes Unis où il enseigna, puis part pour la France en 2001.

A Paris, il débute ses lavis au marc de café, mélangé à de la propolis qu’il peint dans des halls d’immeuble, faute d’atelier. Réalisés à même le sol, il affronte la pesanteur des volumes et des corps imprégnant le papier de cette mixture avec ses mains, ses doigts ou ses ongles. Le marc de café est source de nuances subtiles allant d’un marron profond à un ocre presque jaune. Sa gestuelle évoque la transe de la rencontre avec l’œuvre dont les coulures et giclures sont le témoignage. Le trait se fait tantôt nerveux, tantôt rond et suave retranscrivant la fulgurance de l’expression.

Pour l’artiste : « Dans un café, je dessine une autobiographie… avec lui une autobiographie du corps. Le corps est souvent lié aux malfaçons et aux soupçons dans les religions monothéistes et ses traditions. Le corps est un corps damné, pêcheur et diabolique. » Le corps est aussi celui de la femme, qui au Moyen-Orient est souvent cachée et placée sous le sceau de l’intimité. Dans l’œuvre de Kazem, elle est représentée nue, seule ou à plusieurs afin de célébrer un état originel non soumis aux traditions culturelles et religieuses. Les corps s’effleurent, se touchent avec délicatesse et sensualité.

Peint à l’huile, ses tableaux livrent une palette hardie et flamboyante d’où surgissent des figures aux allures ciselées dans la matière. Ses portraits présentent une tension dramatique avec des expressions de peur, de tourment et d’effroi qui traduisent l’obscurité du monde. Ils fixent généralement le spectateur de leur regard profond à la force énigmatique. L’ombre et la lumière dramatisent des visages où dominent le bleu, le rouge, le vert ou encore le violet. Cette débauche de couleur déliée de tout réalisme retranscrit une vision chamarrée de l’humanité à l’âme perturbée.

 Avec les grands formats, l’artiste se jette dans un corps à corps, une danse dit-il, qui est communion. Son geste s’épanche sans retenue, s’exprime sans détour avec une vigueur et une énergie à peine interrompues par le bord de la toile. A la touche plus marquée du couteau, Kazem en arrive à une touche plus fluide qui voit la dispersion formelle du sujet. Des visages possèdent trois yeux, deux bouches. Est-ce un excès de mouvement, une difformité ou un état schizophrénique du monde ? La peinture est chargée de témoigner d’une humanité fracassée, secouée qui est confrontée à une perte de repère totale. Les visages se débattent et surgissent de la matière picturale prête à les engloutir de nouveau comme si le corps était susceptible de se liquéfier en d’infinies perles diaprées. L’expressionnisme de sa touche, s’il fallait la qualifier, révèle certes une révolte intime mais elle formule un combat esthétique contre l’effondrement de la nature humaine.

  

Véronique Perriol, directrice artistique. Paris, le 12 février 2012.

 

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12 (46x38cm)

 

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