La galerie Arcima présente

Jean-Claude Luton, Pauline Ohrel et François Berthier

Du 6 au 26 février 2012

 

130x100-eldoJean-Claude Luton nous livre un univers où le minéral rivalise avec le végétal, où la mer dessine des chemins d’errance qui se mêlent au ciel. D’une surface aux éclats chatoyants émergent des formes et des lignes qui esquissent des paysages épurés et spirituels. Dès le premier regard, la matière surprend car elle ressemble par son aspect lustré à de la céramique. La photographie ne permet d’ailleurs pas de rendre compte de la subtilité des effets de profondeur et de nuances colorées.

Constituées d’un mélange de matériaux divers, de résine et de pigments, ses œuvres sont conçues sur le mode de l’apparition et de l’évocation. En effet, l’artiste définit les formes par l’application de diverses couches successivement polies, parfois avec l’adjonction de matériaux, jusqu’à ce que l’œuvre trouve une stabilisation dans sa formulation graphique et plastique.

Grâce à ce procédé de palimpsestes, la forme semble surgir progressivement et partiellement de la matière qui, en retour, épure le dessin de la ligne. Pour l’artiste : « Le trait du dessin s’affranchit de la surface de couleur. Le rugueux fréquente le lisse. Le luisant provoque le terne ... Les superpositions s’étonnent des résurgences. » L’œuvre consiste en l’équilibre de la surface et de la ligne qui possèdent, selon l’artiste, un potentiel féminin et masculin. La ligne est masculine, elle incise rompt la linéarité, tandis que la surface est lieu d’accueil et détient une puissance féminine. La matière lisse et sensuelle admet parfois des aspérités et des craquelures, des témoignages de forces sous jacentes, tel un volcan en sommeil, qui donnent à l’ensemble une élégance certaine. La discontinuité des formes produit une infinité de paysages dont la délicatesse rivalise avec la matière tantôt rugueuse tantôt lisse. Les œuvres de Jean-Claude Luton sont une invitation à la découverte de l’Eldorado.

 

1-(suj32x24-enc50x40)Sensible aux jeux de mots et traits d’esprits, François Berthier envahit son œuvre d’écriture. C’est sans doute son métier de graphiste qui lui a donné ce goût pour la lettre, mais aussi cette sensibilité aux papiers et aux différentes matières.

Grâce à un savant mélange de collage et de peinture, des personnages aux visages insolites et aux allures dégingandées prennent place dans un univers onirique fait de chemins et de labyrinthes textuels.

Les êtres se composent et se décomposent parfois en divers motifs ou en d’autres figures, comme si un être était peuplé de petites figurines étranges, afin de renvoyer à la prolifération et à l’accumulation des discours.

Cette alliance de motifs scripturaux et d’une touche picturale où la dissonance juste entre le blanc et les couleurs valorise l’éclat des contrastes, assure une richesse visuelle sans conteste.

La trame textuelle devient un pointillisme source de graphisme tandis que l’œil attentif se plongera dans la rencontre des motifs et des mots qui introduit un mode narratif incongru.

L’œuvre ne se livre pas immédiatement, même lorsqu’une scène est clairement identifiable afin de laisser libre cours aux associations ludiques de sens. L’artiste déclenche un processus dont les possibilités se révèlent progressivement au regard, non sans humour et poésie.

 

 

172Du fil de fer tourbillonne et s’entrelace pour former des êtres en équilibre aussi fugaces que l’instant d’un souffle. Aériennes, les sculptures de Pauline Ohrel se développent librement dans l’espace, comme libérées des contraintes de la gravitation. Le matériau assure une transparence et une légèreté de la forme qui est d’autant plus accentuée par le gigantisme de certaines œuvres.

L’artiste joue, en effet, sur les différences d’échelle d’une œuvre à l’autre, invitant le spectateur à parcourir un univers de petites figurines qui jouxtent la présence de géants.

Des mains démesurées côtoient une tête de colosse tandis que des danseurs s’élancent sur une piste de danse de la taille d’un livre de poche. C’est un univers fait de contraste entre le plein et le vide, le grand et le minuscule, l’affirmation et l’évocation.

Si depuis 1985, elle exerce la sculpture dans divers matériaux tels que le bronze et le bois, le fil de fer, qui semble de prime abord moins noble, transfigure l’apparence convenue du genre. Aux matériaux lourds, pesants affichant leur masse, est substituée la légèreté du fil de fer qui s’étend dans l’espace.

L’artiste précise que dans son travail au fil de fer, elle « explore les frontières du dessin et du volume. L’ambigüité que permet la transparence du matériau, en jouant sur les perspectives et les perceptions, efface ou suggère l’enveloppe. »

Le fil de fer devient une dentelle gracile qui enveloppe ces êtres aux chairs invisibles. Le vide acquiert une force structurante où se joue la tension entre équilibre et déséquilibre. Grâce au fil de fer, la ligne possède une force suggestive qui engendre des volumes délicats et déliés pris dans un mouvement en suspension.            

 

 

Véronique Perriol, directrice artistique.

Paris, le 1er février 2012.