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La galerie Arcima présente

Esther Ségal - Raghad

du 5 octobre au 23 octobre 2011

 

            L’œuvre photographique d’Esther Ségal se situe à des croisements, entre les strates de la mémoire d’une histoire personnelle, les dimensions d’un vécu universel et les ramifications de sens. Tout commence avec sa série « Bois de Corps » qui procède par la surimposition d’arbres et de corps dans une communion formelle et graphique riche de sens. L’arbre et le corps ne forment plus qu’un pour devenir un mode de résolution et de cheminement dans le deuil du père. Avec l’arbre, la peau devient rugueuse, parfois avec un aspect veiné, fragmenté d’écailles ; autant de marques qui sont pourtant une célébration de la vie. En effet, si certains visages semblent momifiés et arrêtés dans le temps, ils appellent à une renaissance spirituelle. L’individu est à la recherche de ses propres racines fouillant les profondeurs de la terre, afin de pouvoir se tourner vers le futur.

            La figure de l’arbre renvoie à une symbolique dont la richesse et la variété traversent les cultures et les religions pour s’articuler autour de l’idée de Cosmos en constante régénérescence. A la fois pilier et colonne vertébrale, l’arbre fait lien entre le visible et l’invisible, entre les puissances souterraines, cosmiques et la nature. Cette relation du monde chthonien et du monde ouranien est constitutive de l’être et, dans ses photographies, apparaît grâce au surgissement de la lumière des profondeurs de l’obscurité. L’étendue du ciel devient une forme d’élévation symbolique et, par sa verticalité, une ouverture bouleversant l’ordre établi. Le Cosmos en est ainsi lui-même perturbé.

            La lumière est centrale dans la création d’Esther Ségal, non seulement parce qu’elle est au cœur du processus photographique (chambre noire, diaphragme…), mais surtout parce qu’elle se donne telle une écriture plastique et symbolique. En effet, certaines œuvres sont parsemées de trous, des « points de lumière » qui formulent un alphabet inventé renvoyant par un jeu sur le signifiant au braille et à la culture hébraïque. Le point appelle la lettre yod de l’écriture hébraïque qui découle du phénicien pour signifier l’« être », puis le « moi » en hébreu. Elle est la première lettre du nom sacré YHVH et littéralement  « l’âme de la lettre » qui se révèle tout en se cachant.

            Le percement est aussi une altération de la surface photographique, un mode de transgression qui devient une forme d’iconoclasme. Toutefois, il introduit un aspect tactile enrichissant le visible, au-delà du « point de lumière » qui peut se faire éblouissement et aveuglement. Le percement désigne un trou de la mémoire dans le visible. S’attaquer à la matérialité de l’image permet une vision tactile qui assure les conditions d’un éveil de la conscience. Ainsi, la photographie est conçue dans sa matérialité et se fait chair évoquant l’ascendance maternelle chrétienne de l’artiste tandis que l’écriture renvoie à l’ascendance paternelle judaïque. C’est dans ce croisement d’une histoire personnelle, d’un questionnement du visible et du sens que l’œuvre d’Esther Ségal s’adresse à nous. Certaines photographies ont d’ailleurs un miroir en arrière plan et, de la sorte, le spectateur peut discerner certains de ses reflets incorporés dans l’œuvre elle-même. Pour l’artiste, si « on ne peut pas vraiment se voir, on reste dans une sorte de chair qui est là sans être là. »

 

            L’œuvre de la sculptrice franco-irakienne, Raghad entre en écho avec cette problématique du visible et de la mémoire. Elle renouvelle le bestiaire en explorant notamment la figure du cheval. Animal majestueux et compagnon de l’homme, le cheval possède une symbolique pourtant contrastée. Surgissant des ténèbres, il appartient au monde chtonien en étant le porteur à la fois de mort et de vie, tout en reliant des éléments aussi contraires que l’eau et le feu. Il prend également une dimension quasi solaire et, élevé en pleine lumière, il peut se faire voyant et guide.

            Dans l’œuvre de Raghad, on le reconnaitra sous ces multiples facettes, parfois tranquille comme issu d’un songe, parfois psychopompe, ou encore fougueux et triomphant. Dans une course effrénée, il emporte sur sa croupe une cavalière inconnue confiante dans sa propre destinée. Cheval et femme entretiennent des rapports profonds, intimes et sont emportés dans un même mouvement. Mais de temps à autre, ils semblent incarner des forces contraires, voire conflictuelles, l’un tentant de diriger l’autre en vain. Apprêté d’un rouge profond aux énergies centrifuges et matricielles ou d’un bleu ouranien aux vertus célestes, le cheval affirme sa puissance silencieuse.

            Le cheval bleu, rouge, blanc ou encore parsemé de couleurs évoquent des forces dont la portée symbolique est universelle. La sensibilité de l’artiste se révèle dans le traitement des couleurs et de la matière brute, celle de la résine en métal et paillasse, agrémenté de divers matériaux formulant une mixture propre à l’artiste. Grâce à cette matière, la sculpture semble être délivrée de toute contrainte et devient aérienne. Le traitement possède quelque chose d’intrigant car il appelle le toucher en confrontant la matière rugueuse et granuleuse aux surfaces lisses et polies. Les doigts de l’artiste cisèlent la masse et sont perceptibles par endroit telles des marques. Ses sculptures retranscrivent avec pudeur des sentiments et des émotions grâce aux ressources esthétiques des matériaux qui font vibrer la lumière jusqu’à donner parfois un aspect précieux.

            Dans ce bestiaire où le cheval règne point la figure humaine, principalement des femmes aux formes tantôt longilignes tantôt rondes et généreuses. Elles s’élancent d’un pas altier tel une danse et figurent une aspiration humaine à la légèreté et l’insouciance. Rien ne semble pouvoir arrêter leur mouvement mu par une élégance insondable. Issues d’un rêve chimérique d’amour, de bonheur ou d’amitié, ces femmes captivent le regard et manifestent la trace d’une force vitale.

Véronique Perriol, Paris le 4 octobre 2011.

 Directrice artistique

veronique.perriol@placeauxartistes.fr

 

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