ALEXIA ABDELKADER

Sensible au cinéma muet et aux contes, Alexia Abdelkader nous livre un univers à teneur fantastique et onirique. Exécutés souvent à la plume, ses dessins nous montrent des scènes et des figures pleines de nuances et de contrastes, obtenus par modulation du trait et de la densité des hachures. Sa production fait preuve d’une grande dextérité dans l’exécution et son originalité consiste à faire vivre l’invraisemblable qui se cache derrière les apparences les plus rassurantes. L’insolite rivalise avec l’onirique, voire avec le cauchemar, telle cette araignée géante marchant d’un pas leste sur un homme alité. Ses dessins nous plongent dans un univers de silence et de mystère, d’angoisse et d’hallucination. Ils témoignent également d’une imagination débordante, celle d’un monde fantasmagorique où, par exemple, un personnage déchiré entre plusieurs réalités se dédouble et rend compte d’une psyché quasi schizophrénique. Le fantastique naît ainsi de la réalité quotidienne et revêt souvent une gravité intrigante quasi bouleversante grâce à une facture précise et délicate.

Véronique Perriol

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COLETTE BIQUAND

Colette Biquand travaille depuis plusieurs années la sculpture, avec comme matériau de choix la terre cuite. L’argile, transformable à volonté, recèle un sens primitif universel que l’artiste fait parler grâce à des formes variables et un aspect allant du lisse au craquelé, voire au plissé. Ainsi, elle crée des « livres d’argile », des corps dressés comme pétrifiés et des mains qu’elle recouvre de lignes ou d’écriture inventée. Cette écriture est dépourvue de tout sens admis, car elle procède d’une libération de l’expression. Souvent, Colette Biquand rassemble ses personnages en nombre plus ou moins important, sous forme d’installation. Ces personnages semblent attendre et regarder le spectateur en toute sérénité. L’artiste présente aussi de véritables empilements qui évoquent des « archives du temps » présent destiné à un temps futur. Le feu est un autre élément nécessaire à sa démarche pour pérenniser ses sculptures, mais aussi pour introduire des variables imprévues sur la matière.

Véronique Perriol

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CAB

Claude Apert dit CAB, peintre abstrait, se consacre entièrement à la peinture. Fascinée par les couleurs, les formes, les volumes, les textures, CAB commence le dessin, la peinture, le travail de la terre au Musée des Arts Décoratifs de Paris en 1966. Elle participe depuis 2001 à de nombreuses expositions. Ysabelle Lacamp, écrivain, exprime avec profondeur et poésie sa démarche :

« … Recherche de la matière dans son épaisseur pour mieux effleurer l’aérien et l’abstrait. Toucher le fond originel où peut se nicher l’esprit, feuille d’or, langue de feu, talisman fluide aussi léger qu’une plume, partie émergée d’un secret caché au fond d’une toile. Car il y a dans ce travail intérieur, sans cesse recommencé, une quête mystique que chacun peut palper… »

Brigitte Camus

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TATIS

Sonder l’insondable. Les portraits de Tatis, peintre, interrogent nos états d’âme, avec, en filigrane, le questionnement de l’artiste sur l’origine du monde. L’expression de l’intériorité est magnifiée par les regards fiévreux de ses visages. Les cous et les mains interminables jaillissent d’un blanc avec des reflets de sfumato ou se perdent dans la nuit du noir…. Son travail repose sur des oppositions et des suppositions. Les débuts de cette artiste, diplômée des Beaux-Arts, peintre à l’origine figurative et classique inspirée de la Renaissance (Botticelli), lui ont valu un cheminement solitaire. Ses portraits s’ils peuvent évoquer Lempicka empruntent également à Goya pour leur côté sombre et tourmenté. Ils s’inscrivent dans la lignée de ces grands monotypes d’une grande force.

Brigitte Camus

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YAO METSOKO

Artiste franco-togolais, Yao Metsoko revendique dans sa peinture des influences plurielles qui vont de Clem Lawson à Marc Chagall. Son œuvre picturale se situe au croisement des cultures en mêlant des références diverses pour leur donner une forme d’actualité. Si certaines œuvres montrent clairement une référence à l’Afrique, l’artiste choisit des éléments symboliques universels, tel l’éléphant qui dans la symbolique chrétienne signifie la constance, la maîtrise de soi, la tempérance, dans la culture asiatique et grecque la sagesse tandis qu’en Afrique, il symbolise la force, la prospérité et la longévité.  De même, la jarre est source d’un réseau symbolique qui trouve son origine dans l’idée de fertilité et fait écho à la femme dont la présence est signalée dans « Jarre à palabre » par de multiples seins tels les Vénus paléolithiques. Yao Metsoko fait appel à des figures mythiques pour les replacer dans le monde actuel et interroger notre modernité. Sensible aux faits politiques et sociaux, l’artiste manifeste un engagement politique en abordant des thématiques comme l’esclavage, la place de la femme dans la société, le monde médiatique. L’utilisation du collage, parfois avec des images issues des médias, correspond à ce questionnement afin d’offrir un message emprunt d’universalité.

Véronique Perriol

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